Histoire et Protestants en Centre-Bretagne
   
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Le but de l'association

Depuis 2002, l'association a pour but de contribuer, en Bretagne Centrale, à la conservation de la mémoire de l'activité du protestantisme, à l'expression de l'identité protestante, à l'enrichissement de sa culture, à l'enracinement de sa foi.

Dans cette perspective, l'association se propose notamment

- d'étudier le protestantisme en Bretagne centrale : recherches historiques, collecte de documentation, archives, bibles anciennes et toute littérature sous toutes ses formes ; d'acquérir et restaurer des lieux de culte ou autres ;
- de promouvoir la connaissance du Protestantisme, son message, sa vie, par la publication d'articles, d'ouvrages, l'organisation de rencontres, expositions, offices, et autres manifestations contribuant à la pérennité du Protestantisme, de son annonce de l'évangile, de sa place dans la société.

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Histoire protestante

Articles issus des travaux de recherche de l'Association des Amis du Protestantisme en Bretagne Centrale sur l'histoire du protestantisme en Bretagne.

6ème partie du fascicule "Survol de l'histoire des protestants en Bretagne Centrale" : Le prêche de l'Hermitage

Le prêche de l'Hermitage

Au sud-est de Quintin, la forêt de L’Hermitage (aujourd’hui de Lorge) appartenait aux Gouyon de la Moussaye, seigneurs de Quintin, et ardents protestants. N’ayant pas la possibilité d’exercer officiellement leur culte au château de Quintin, ils firent bâtir un temple en 1658 dans la forêt, près du manoir de L’Hermitage. Ce temple fut donc le siège de l’église de Quintin. C’est le pasteur Pierre Vincent qui en 1658 eut en charge cette église, puis le pasteur César de Beaulieu lui succéda à partir de 1674.

La seigneurie de Quintin avait appartenu à Renée de Rieux, (portrait ci-dessous), dite Guyonne XVIII de Laval, une des premières protestantes de la province, mais elle résidait en son château de Vitré. Son attrait pour l’évangile n’avait pas été du goût de son mari qui la traitait de folle (« Guyonne la Folle »). Il s’était séparé d’elle dès 1555. Elle décida de passer officiellement à la Réforme en 1558, à la suite de son beau-frère François de Châtillon-Coligny, seigneur d’Andelot (qui avait épousé Charlotte de Rieux, dame de la Roche-Bernard). Renée de Rieux, morte sans enfant en 1567, laissa ses terres de Vitré et de Quintin à son neveu Paul de Coligny (qui devint ainsi Guy XIX de Laval).

Durant les guerres de la Ligue, Quintin passa alternativement aux mains de Mercoeur, puis à celles des partisans du futur Henri IV. En 1605, à la mort de François de Châtillon (Guy XX), fils de Paul de Coligny, le comté de Quintin passa à ses cousins de la famille La Trémoille. Le très huguenot Claude de la Trémoille (Beau-frère de Louis 1er de Bourbon, prince de Condé, qui avait épousé Charlotte Catherine de La Trémoille) étant mort en 1604, c’est sa veuve, Charlotte Brabantine de Nassau (fille de Guillaume Le Taciturne 1533-1584, et de Charlotte de Bourbon-Montpensier) qui au nom d’Henri, son fils mineur âgé de 6 ans (Guy XXI de Laval), entra en possession des biens de la maison de Laval en 1606.

Les filles de « La Tour d’Auvergne ».

Charlotte de Nassau garantit la continuité du culte protestant à Vitré, mais sur Quintin elle n’avait pas la possibilité de l’organiser. Il n’en demeure pas moins qu’elle y vint à deux reprises, en 1607 et 1616, et que tous les protestants de l’évêché de Saint-Brieuc, les Gouyquet de Trédaniel et de la Ville-Pierre en particulier, se sentirent soulagés d’avoir en elle un possible protecteur de poids.

Charlotte de La Trémoille fit en sorte de marier son fils Henri avec sa nièce Marie de la Tour d’Auvergne, fille d’Henri de la Tour, duc de Bouillon (1555-1623, portrait ci-dessous), prince de Sedan, Maréchal de France, et d’Elisabeth de Nassau (les deux sœurs Charlotte Brabantine et Elisabeth de Nassau partageaient la même foi protestante et étaient très liées. Elles s’écrivaient toutes les semaines !). Charlotte s’entremit aussi pour le mariage d’une des sœurs de Marie, Henriette de la Tour d’Auvergne qui épousa un jeune et riche seigneur protestant breton, Amaury III Gouyon de la Moussaye (1601-1663).

La tradition raconte qu’Henriette, en venant en Bretagne, était accompagnée d’un jeune homme, Henri Corret, qui n’était autre que son demi-frère. Cet Henri Corret est aussi l’ancêtre du héros carhaisien Théophile Malo Corret, dit « La Tour d’Auvergne ». Un frère de Marie et d’Henriette, Henri de la Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne, devint à son tour Maréchal de France en 1643 (connu sous le simple nom de « Turenne »). Il encouragea certainement la carrière de deux autres de ses neveux, fils d’Elisabeth de la Tour d’Auvergne (donc sœur de Marie et d’Henriette) et de Guy-Aldonce de Durfort, comte de Lorge (1605-1665) qui deviendront l’un le premier duc de Duras (1625-1704), l’autre le premier duc de Lorge (1630-1702), et tous deux Maréchal de France ! On le voit, les seigneurs de Quintin étaient très proches des principaux chefs huguenots de l’époque.

Il n’y avait semble-t-il que de rares familles protestantes dans le comté de Quintin. On relève quelques noms : Olivier Le Bras, sieur de la Rivière, Antoine Tourault, son beau-frère, sieur du Mesny, Olivier Du Pré, sieur de Kerlehan (apothicaire mort en 1648),... Gaspard Uzille, docteur en médecine qui avait en 1606, suivi en Bretagne la duchesse de La Trémoille, héritière du comté de Laval, avec ses annexes Vitré et Quintin.

Il assista au synode de Privas, en 1611, avec les représentants bretons huguenots. Il est mort à Guingamp en 1623. Son fils Jean Uzille, sieur de Kerveler, sera sénéchal de Quintin à partir de 1647 (Parmi ses descendants on compte l’écrivain François René de Chateaubriand, par sa grand-mère maternelle née Ravenel-Farcy-Uzille).

Certains d’entre eux sont signataires en 1616 d’un courrier adressé au secrétaire de la duchesse de La Trémoille, dans lequel ils affirment qu’ils « continueront en notre petite assemblée à prier Dieu » pour la duchesse et son fils. Ce dernier épousa en 1619 Marie de La Tour d’Auvergne (1601-1665) dont le protestantisme était si ardent qu’elle fut appelée « la papesse des huguenots ».

Ses écrits en témoignent : «... les livres qui sont le plus à mon goût, après ceux de dévotion, ce sont ceux qui règlent les mœurs par les exemples et les préceptes. La lecture des romans m’a toujours été insupportable… Je hais le mensonge comme étant un vice bas…

Quant à ce qui est de la piété, je me trouve fort défaillante, mais néanmoins avec des sentiments fort épurés pour le service de Dieu, et une résolution ferme de les préférer à tous les avantages de la terre …[et à un correspondant qu’elle encourage à mettre sa vie en ordre]…il faut renoncer à tous préjugés, ne rechercher votre gloire, mais celle de Dieu, agir en toutes vos actions vous le représentant toujours scrutateur de votre cœur et comme un Dieu qui ne peut être ni moqué ni trompé. Prenez je vous en supplie cette bonne résolution. Ne vous fiez ni en votre capacité, ni en votre adresse : ce sont des armes trop faibles pour résister à Dieu ; mais faites qu’en vous retournant à lui, il se retourne à vous, et lors vous serez assez fort. Il vous donnera la victoire, et contre vous-même, et contre tous ceux qui vous sont ennemis…».

Sa sœur, qui devint la Marquise de la Moussaye, fut animée par autant de conviction et de foi, c’est ce qui explique le développement du protestantisme dans ses terres au XVIIe siècle. Les deux sœurs avaient étés élevées par la dernière épouse de Guillaume le Taciturne, qui n’était autre que Louise de Coligny, la fille de l’amiral !

Henri de La Trémoille, duc de Thouars, trouvant que les revenus du comté étaient anormalement faibles, envoya un sénéchal huguenot en 1633, le sieur de Grimaudet, pour examiner les comptes, puis il finit par vendre en 1638 le comté à son beau-frère le marquis de la Moussaye. Celui-ci s’installa à demeure à Quintin dès 1643. C’est alors que le protestantisme dans cette région put « prendre son essor », écrit Jean-Luc Tulot.

La population craignait l’arrivée d’un seigneur dont le protestantisme s’affirmait très ouvertement. Les Rieux, puis les La Trémoille étaient restés discrets à Quintin. D’autant plus qu’Henri de La Trémoille, pour complaire à Louis XIII, avait en 1628 abjuré sa foi protestante entre les mains de Richelieu lors du siège de La Rochelle. Mais sa famille était restée protestante. Tout fut fait pour que le comté reste dans le giron de la famille d’origine, car c’était la première fois qu’il était vendu.

Le marquis interdit de séjour chez lui !

Des conditions draconiennes furent imposées aux nouveaux propriétaires, qui avaient vendu le château et les terres de Tonquédec pour acquérir ceux de Quintin : ils ne devaient pas séjourner à Quintin plus de 15 jours d’affilée, et seulement au maximum quatre fois dans l’année, il ne leur était permis ni de célébrer de culte, ni de nommer des officiers réformés, ni de vendre des biens aux réformés, ni d’inciter la population à changer de religion ! Ils obtinrent à la mort de louis XIII, la levée de ces interdictions, sauf la clause concernant le culte à Quintin. C’est ce qui explique la construction du temple à l’Hermitage.

En fait, en cas de mauvais temps, le culte se faisait tout de même au château (ou à la « maison commune » pendant la construction du nouveau château), à condition de ne pas accueillir d’étrangers à la maison du marquis de la Moussaye.

Le ministère du pasteur Pierre Vincent n’a pas laissé beaucoup de traces. Mais les registres des années 1674 à 1680 conservés aux archives départementales des Côtes-d’Armor témoignent de l’activité du pasteur de Beaulieu, et du nombre des familles qui gravitaient autour de Quintin.

Alors qu’il fallait que les protestants de Quintin aillent jusqu’à la Moussaye en Plénée-Jugon (pasteur David de la Place) pour célébrer leur culte (et y être enterrés), voire à Rennes pour les mariages (temple de Cleusné), les choses vont changer à partir de la fin des années 1650, avec l’ouverture d’un lieu de culte à l’Hermitage, au grand dam de l’évêque de Saint-Brieuc.

Le protestantisme allait encore s’étoffer : un ancien capitaine de Vitré, André Collot, sieur d’Escury (né en 1610) va devenir intendant du comté, et son fils Daniel (né en 1643) va être page du Marquis de la Moussaye. Ce dernier fut appelé à plusieurs reprises à présider les Etats de Bretagne (en 1651, et en 1657 notamment, quand la dispute entre les deux prétendants à ce rôle, le duc de La Trémoille, baron de Vitré et le duc de Rohan-Chabaud, prince de Léon, était devenue ingérable ! ou quand le duc de La Trémoille, son beau-frère était empêché).

Le marquis de la Moussaye avait acquis la charge en 1654 de lieutenant pour le roi pour les quatre évêchés de Haute Bretagne : Rennes, Dol, Saint-Malo et Vannes, et de gouverneur des villes et faubourg de Rennes. Il se défit de cette charge en 1657, car sa position de huguenot avait été un empêchement à l’enregistrement de ses titres. Le synode breton qui se tînt au château de la Moussaye en 1658 nomma Pierre Vincent comme pasteur de Quintin (en fait de l’Hermitage). En 1662, c’est environ 70 protestants que compte la région. Cette même année, le pouvoir royal ordonne la destruction de deux des temples construits sur les terres des Gouyon de la Moussaye, celui de Plouër-sur-Rance, et celui de la Moussaye.

Quintin étant résidence habituelle des la Moussaye, L’Hermitage échappe à la rigueur de la loi. C’est à Quintin que mourut Amaury, marquis de la Moussaye, le 23 novembre 1663.

La marquise soufflète l’évêque de Saint-Brieuc

L’année 1666 fut marquée par un procès qui touchait Henriette de la Tour d’Auvergne, accusée d’avoir souffleté l’évêque de Saint-Brieuc, Mgr Denis de la Barbe.

En fait, l’ayant croisé au Parlement de Bretagne, elle s’était laissé allée à l’invectiver.

N’avait-il pas fait raser ses temples de Plouër et de la Moussaye, et aussi excommunier les catholiques qui avaient suivi le cortège funèbre de sa pauvre fille Charlotte, qui prenait la route du cimetière de la Moussaye ? L’affaire monta jusqu’au roi, mais l’évêque préféra calmer le jeu, et une visite du prélat à Quintin permit à la comtesse de présenter ses excuses et de sceller la réconciliation des deux antagonistes.

Le sénéchal Collot d’Escury qui avait quitté le service du marquis de la Moussaye peu de temps avant sa mort, revint en 1671 prendre la charge de Maître des eaux, bois et forêts du comté de Quintin.

C’est dans cette forêt de l’Hermitage-Lorge que le temple de la communauté de Quintin était édifié. Il avait vu en 1669 le mariage, célébré par le pasteur Louis de Fauquenbergue, de la plus jeune des filles d’Henriette de la Tour d’Auvergne avec René V de Montbourcher, marquis du Bordage (au nord de Rennes).

Le pasteur Vincent avait quitté Quintin, et c’est justement un membre d’une famille de l’entourage des Montbourcher, le pasteur César de Beaulieu qui vint le remplacer (il était parent du pasteur Le Noir de Crevain, le célèbre chroniqueur du protestantisme breton).

Il se maria en 1673 avec Suzanne Du Pré, la fille de l’apothicaire de Quintin. Les registres de l’église de Quintin-l’Hermitage permettent de voir qu’un cimetière côtoyait le temple de la forêt de l’Hermitage-Lorge.

Une douzaine d’inhumations sont mentionnées, dont celle d’Etienne Clouet, sommelier de la marquise, de Jeanne Doudard, l’épouse d’Isaac Gouyquet (sieur du Tertre, installé au manoir de Saint-Eloy, à Ploeuc), du chapelier Jacob le Preux. Pierre Doudart, sieur des Haye et son épouse Catherine d’Uzille, (qui habitaient au manoir de la Saudraye à Landehen) y firent baptiser leur fille Henriette.

Les huguenots et l’inquisiteur

Isaac Gouyquet, sieur du Tertre était le père, entre autres d’Henri, sieur de Vaupatry à Plémy, d’Isaac seigneur de St-Eloy à Ploeuc, et de Jean, sieur de Bienassis à Trédaniel.

Comme eux à l’époque de la révocation de l’édit de Nantes (1685), il eut à subir des pressions pour l’amener à renier sa foi.

Il préféra en décembre 1685 s’embarquer sous la tour de Cesson (Saint-Brieuc) à destination de Jersey.

Voici ce qu’il répondait au marquis de la Coste qui ordonnait une enquête sur les huguenots opiniâtres : « …Quand j’aurais cinquante dragons chez moi, je n’en pourrais dire davantage en disant vrai de quoi je me piques. Je n’ai jamais refusé d’éclaircissement sur le sujet de ma religion. Jusqu’ici, à la vérité, je n’en ai pas trouvé qui m’ait assez persuadé pour me faire changer de profession…. »

Il suffira au marquis de prendre les moyens du plus fort, et en décembre 1685, Isaac et son frère Henri abjurèrent dans le palais épiscopal, entre les mains de l’évêque de Saint-Brieuc.

Mais quelques temps plus tard, Isaac et sa femme purent s’enfuir en Angleterre, où le sieur de Saint-Eloy commencera une carrière militaire dans les troupes anglaises, et finira sa vie en 1728. Il fut inhumé en l’église Sainte Mary de Sunbury.

Il eut plusieurs enfants en Angleterre. Son frère Jean, resté à Trédaniel semble être mort huguenot. N’est-ce pas cette famille qui aurait utilisé le temple de la Ville-Pierre en Plémy longtemps après la révocation de l’Edit de Nantes ?

Le pasteur de Beaulieu : évangéliste

On note aussi que l’église de l’Hermitage était le lieu de ralliement de protestants de toute la Basse Bretagne, puisqu’il en venait de Guingamp, Lannion, Quimper, Port-Launay, de Lamballe même.

Ces protestants de passage arrivaient à Quintin le samedi soir souvent, logeant à l’auberge du « Chapeau royal », pour « aller le lendemain au prêche de l’Hermitage ».

Mais le pasteur de Beaulieu pouvait exercer dans des églises voisines, c’est ainsi qu’on le voit à Pontivy baptiser en 1674 Daniel du Moulin, fils de Daniel du Moulin, (gouverneur des Rohan à Josselin, lui-même fils du célèbre pasteur de la famille de La Tour à Sedan, Pierre du Moulin), et de Esther Uzille de Quintin, qu’il avait épousée deux ans plus tôt (une partie de leur descendance subsiste encore en Bretagne).

Le texte d’une enquête réalisée en 1682 et conservé dans les archives du château de Quintin, nous donne quelques éléments sur le temple de l’Hermitage.

Le témoignage de l’écuyer Jacques du Bosquais nous apprend que « dans le temple, il y a plusieurs bancs appartenant à des particuliers, déclarant qu’il y en a aussi un pour sa famille sans que toutefois lesdits bancs soient attributifs d’aucune marques d’honneur et de Prééminence »; François Dédié précise que « l’un était destiné pour les gentilshommes, et les autres pour les anciens ».

Cette enquête met aussi l’accent sur le zèle évangélique du pasteur de Beaulieu qui s’est traduit par la réception dans l’église réformée de Quintin de plusieurs anciens catholiques.

On l’accusait donc de faire du prosélytisme : un témoin a affirmé « qu’il a été sollicité de changer de religion par Jacqueson, Meignan, Beaulieu ministre qui lui lisaient les livres de la RPR (Religion Prétendue Réformée), disant que cette religion était meilleure que la catholique ».

Mais déjà les rigueurs des hommes de loi, préludant à la révocation de l’Edit de Nantes, s’abattent sur les protestants dont la liberté se réduit comme peau de chagrin.

Le pasteur de Beaulieu voit ses possibilités d’exercer son ministère singulièrement réduites. La mort de la marquise en 1677 le prive d’un appui appréciable.

Essayer de gagner les pays du Refuge

Pour rassurer ses gens, Henri Gouyon de la Moussaye nomma le 22 février 1680 André Collot d’Escury, gouverneur et capitaine de Quintin. Le pasteur de Beaulieu, très zélé pour l’évangélisation, vit s’élever contre sa personne une sinistre machination qui l’obligea à fuir précipitamment en Angleterre avec sa famille.

Après avoir été ordonné par l’évêque de Londres en mars 1681, il fut nommé pasteur d’Ipswich dans le Suffolk. De plus, le comté de Quintin fut vendu par Henri Gouyon à son cousin Guy-Aldonce II de Durfort (1630-1702), premier duc de Lorge et maréchal de France en 1676 (c’est alors que l’Hermitage va devenir L’Hermitage-Lorge).

C’est lui qui sauva l’Alsace après la mort de Turenne, en empêchant les Impériaux de s’emparer de Strasbourg (bataille de Sasbach en 1675).

Dès lors, les abjurations ou les départs précipités se multiplient. André Collot d’Escury avait déjà quitté le service de comte de Quintin en octobre 1680, pour aller chez son fils Daniel au château de la Touche en Chéillé (près d’Azay-le-Rideau), puis il rejoignit Vitré en juin 1681.

Après la Révocation, il se refugiât en 1686, avec sa fille Suzanne, à Jersey, puis l’année suivante il gagna les Provinces-Unies où il mourut (à Nimègue) en 1687.

Son fils Daniel et sa famille l’y avaient rejoint (le récit de leur fuite à été rédigé par son fils Philippe). Marie Gouyon de la Moussaye qui refusait d’abjurer, fut finalement expulsée du royaume et se réfugia à la Haye où elle mourut en octobre 1717 à l’âge de 85 ans.

Daniel Collot d’Escury quant à lui prit du service dans l’armée des Pays-Bas, et avec quelque 3 000 autres huguenots, participa à la conquête de la couronne d’Angleterre pour le compte de Guillaume d’Orange, qui détrôna son beau-père Jacques II, coupable d’avoir voulu ré-imposer le catholicisme à l’Angleterre et de persécuter les protestants.

Jacques II trouva refuge en France, avec 30 à 40 000 de ses partisans (les fameux Jacobites, surtout Irlandais).

Descendants de huguenots, ils reviennent en France…et en Bretagne !

Les descendants du pasteur de Beaulieu comme ceux du capitaine Collot d’Escury purent revenir en France dans la suite du temps. César de Beaulieu avait eu cinq enfants. L’un d’eux, François-Charles accepta, comme beaucoup d’autres huguenots, l’invitation du roi de Prusse à venir s’installer à Danzig.

Cette branche de la famille de Beaulieu vécut ainsi plus de deux siècles dans les territoires situés à l’Est de Berlin, et y acquit de vastes propriétés agricoles et deux châteaux.

A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les troupes russes occupant la Prusse orientale, expulsèrent la population civile allemande, confisquant toutes leurs terres, propriétés et avoirs. Ayant tout perdu, trois membres de la famille de Beaulieu, dont le pasteur François de Beaulieu, décidèrent alors de regagner le pays de leurs ancêtres, et de s’installer en France après un exil de 260 ans. Le pasteur François de Beaulieu, longtemps retraité sur l’Ile aux Moines (56), a eu un fils du même nom qui est l’animateur de l’association « Bretagne vivante », également auteur de nombreux ouvrages sur la nature en Bretagne. La France compte également un général de l’armée de terre, Jean-François Collot d’Escury (c’est son grand-père qui a quitté la Hollande pour revenir en France). Il est protestant engagé, membre de la commission qui en France a en charge l’aumônerie protestante aux armées. Une de ses cousines est installée depuis 2007 dans le Finistère.

Le deuxième duc de Lorge fit construire entre 1721 et 1740, à la place du manoir de l’Hermitage, l’actuel château de Lorge, qui a la réputation d’être l’un des plus vastes de Bretagne. Mais il est bien difficile de retrouver des traces de l’ancien temple protestant, dont les ruines sont enfouies dans la végétation de la forêt de Lorge.


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