Histoire et Protestants en Centre-Bretagne
   
    Association des amis du protestantisme en Bretagne centrale
 
 

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Le but de l'association

Depuis 2002, l'association a pour but de contribuer, en Bretagne Centrale, à la conservation de la mémoire de l'activité du protestantisme, à l'expression de l'identité protestante, à l'enrichissement de sa culture, à l'enracinement de sa foi.

Dans cette perspective, l'association se propose notamment

- d'étudier le protestantisme en Bretagne centrale : recherches historiques, collecte de documentation, archives, bibles anciennes et toute littérature sous toutes ses formes ; d'acquérir et restaurer des lieux de culte ou autres ;
- de promouvoir la connaissance du Protestantisme, son message, sa vie, par la publication d'articles, d'ouvrages, l'organisation de rencontres, expositions, offices, et autres manifestations contribuant à la pérennité du Protestantisme, de son annonce de l'évangile, de sa place dans la société.

Articles archivés

Contact : contact@histoire-et-protestants-en-centre-bretagne.fr

 

Anecdotes historiques

Articles relatant des "épisodes protestants" en Centre-Bretagne, événements, mésaventures ou aspects du protestantisme centre-breton.

En 1686 à Plénée-Jugon: les persécutions
frappaient les protestants de La Moussaye

Le 8 juin 1686, vers 9 heures du matin, Philippe de Graves, un peintre protestant âgé de 36 ans était introduit par le geôlier Ollivier Le Bouesme «dans la chambre criminelle des prisons» du marquisat de La Moussaye, situées au bourg de Plénée-Jugon, à une trentaine de kilomètres au sud-est de St-Brieuc.

Il y était incarcéré depuis quatre jours à la requête de Mathurin Marval, le procureur d'office de cette juridiction, et du receveur Henry Poulce, sieur de La Villebuffet, qui en percevait les redevances seigneuriales.
Tous deux l'accusaient d'avoir «voulu prendre la fuitte et s'apcenter du païs» moins d'un an après la Révocation de l'Édit de Nantes, signée à Fontainebleau par Louis XIV le 18 octobre 1685, qui interdisait aux protestants de quitter le royaume sous peine de galères.
Philippe de Graves était probablement originaire du Poitou.
Quelques années auparavant, il s'était établi au château de La Moussaye, fief de la famille huguenote la plus puissante de Bretagne, à la demande de la marquise Marie Gouyon, sa propriétaire, fille aînée d'Amaury III, ancien seigneur de Quintin, et d'Henriette de La Tour d'Auvergne.
(Notons au passage que cette dernière était la demi-sœur d'Henri Corret, "fils naturel" du duc de Bouillon Henri de La Tour d'Auvergne, et arrière-grand-père du héros carhaisien Théophile Malo Corret, nommé par Bonaparte «premier grenadier des armées de la République»).
Nous savons par une lettre de Marie Gouyon, datée du 8 novembre 1685, que Philippe de Graves, venu à La Moussaye pour y peindre les portraits de la famille et décorer ses appartements, y avait épousé son ancienne demoiselle de compagnie Marie Desmoulins, une jeune coreligionnaire.

Abjurer ou fuir à l'étranger

Le couple avait deux petites filles : l'aînée, Élisabeth, qui allait avoir 4 ans et vivait avec ses parents, tandis que la cadette, âgée de quelques mois, était placée en nourrice.
C'est donc vraisemblablement pour éviter qu'elles ne leur soient enlevées sur décision d'un juge et élevées «par des parents catholiques ou, à défaut, enfermées dans un couvent», que le peintre et son épouse s'étaient résignés à abjurer en présence de l'évêque de St-Brieuc le 6 décembre 1685.
(En Bretagne, en effet, depuis 1600, une centaine d'enfants avaient ainsi été victimes de ces "enlèvements forcés").
C'est alors que devant la recrudescence des persécutions, la marquise de La Moussaye résolut de fuir en Hollande avec sa sœur Élisabeth, son beau-frère René V de Montbourcher, marquis du Bordage, et leurs deux enfants âgés de 12 et 14 ans.
Mais elle craignait que des dragons du régiment d'Asfeld, déjà logés à Nantes «chez les plus opiniâtres des religionnaires», où ils commettaient toutes sortes d'exactions, ne viennent occuper et piller son château.

Une dénonciation calomnieuse

Avant de le quitter, en décembre 1685, elle l'avait donc confié à Philippe de Graves, qu'elle tenait en haute estime.
Mais quelques mois plus tard, celui-ci, à bout de ressources, décidait de s'installer à Vannes où il avait appris que «bien des gens se faisoient portraire».
Le samedi 1er juin 1686, il recruta donc deux saulniers de Guérande et leurs mules, rencontrés au marché de Plénée-Jugon où ils venaient d'écouler tout leur sel, pour y transporter quatre volumineux ballots dans lesquels il avait enveloppé «une couette, un matelas, le chassix d'un lit, quatre chemises, quatre linceux (draps), une douzaine de grosses serviettes, un roullot de portraits (inachevés) une Bible de Louvain et quelques autres livres».
Mais le sieur de La Villebuffet avec qui il était en procès et dont il s'était attiré «la haine et l'inimitié», prétendit qu'il avait tenté de quitter clandestinement le château de La Moussaye dans la nuit du 2 au 3 juin en emportant «des meubles et des effets» appartenant à la marquise, qui étaient sous scellés depuis le départ de celle-ci.
Emprisonné le lendemain sur ordre de Guillaume Rouxel, le sénéchal du siège royal de Jugon, qui avait fouillé ses ballots sans rien y trouver de suspect, le peintre demanda sa libération, le 17 juillet 1686, au Parlement de Bretagne dont nous ne connaissons pas la décision.

Fidèle à sa foi

La marquise de La Moussaye, quant à elle, avait été arrêtée avec sa famille le 24 janvier 1686 «près de Trélon, entre Sambre et Meuse, par des paysans qui montaient la garde pour empêcher les Huguenots de sortir du royaume».
D'abord enfermée dans la citadelle de Tournai, elle fut transférée à la Bastille où, malgré de multiples pressions, elle refusa d'abjurer.
Expulsée du royaume de France le 10 avril 1691, elle gagna la Hollande et mourut à La Haye à 85 ans, en octobre 1717, fidèle à sa foi.

J.L.C.


 

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