Histoire et Protestants en Centre-Bretagne
   
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Le but de l'association

Depuis 2002, l'association a pour but de contribuer, en Bretagne Centrale, à la conservation de la mémoire de l'activité du protestantisme, à l'expression de l'identité protestante, à l'enrichissement de sa culture, à l'enracinement de sa foi.

Dans cette perspective, l'association se propose notamment

- d'étudier le protestantisme en Bretagne centrale : recherches historiques, collecte de documentation, archives, bibles anciennes et toute littérature sous toutes ses formes ; d'acquérir et restaurer des lieux de culte ou autres ;
- de promouvoir la connaissance du Protestantisme, son message, sa vie, par la publication d'articles, d'ouvrages, l'organisation de rencontres, expositions, offices, et autres manifestations contribuant à la pérennité du Protestantisme, de son annonce de l'évangile, de sa place dans la société.

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Personnalités historiques

Biographies de personnalités protestantes, interviews de témoins locaux, articles issus des travaux de recherche de l'Association des Amis du Protestantisme en Bretagne Centrale sur l'histoire du protestantisme en Bretagne...

Jean-Louis David, un courageux évangéliste en Centre-Bretagne

« Nous apprenons avec regret la mort de M. Jean-Louis David, évangéliste à Huelgoat, décédé à la suite d’un mal impitoyable qu’il avait contracté dans l’exercice de son ministère.

Caractère droit, ferme, énergique ; intelligence profonde et sûre ; activité inlassable et agissante ; esprit bon, large, clair et généreux, telles étaient les qualités du disparu ».

Ainsi était formulé l’hommage rendu à Jean-Louis David par le rédacteur du journal républicain « Le Citoyen » (daté du 29 décembre 1929) qui adressait aussi à Madame David et à ses enfants « ses condoléances les plus émues ».

Mais qui donc était cet homme qui semblait réunir en sa personne des qualités si éminentes ?

Originaire du Centre-Bretagne, Jean-Louis David était né à Cléden-Poher le 10 décembre 1871. Il était fils de Louis David, éclusier au Castel (à cette époque on trouve un Alain David éclusier à Penity), et de Marguerite Bastide.

En 1892, alors qu’il habitait à Carhaix depuis 4 ans (il exerçait le métier de cordonnier, et son père était alors éclusier à Kergoutois, en Plouguer), les campagnes d’évangélisation organisées par le pasteur Guillaume Le Coat, de la Mission Evangélique de Trémel (Côtes-du-Nord), lui firent découvrir la puissance libératrice du message de l’Evangile de Jésus-Christ. Le pasteur G. Le Coat bénéficiait d’une délégation pastorale du consistoire de l’Eglise Réformée.

Sa vie en fut bouleversée, et il décida de s’engager pour faire connaître au plus grand nombre la découverte qu’il avait faite.

1893. On le retrouve donc dès l’année suivante élève évangéliste à Trémel. Il s’initie au témoignage avec la voiture biblique à cheval, sous la conduite de l’évangéliste Masson, ancien militaire et de son aide Minor. Quand Masson doit se retirer en 1894 pour raison de santé, l’année suivante, Jean-Louis David le remplace. Deux sociétés missionnaires soutiennent cet effort de témoignage, la « Trinitarian Bible Society » et la « Société Evangélique de Genève ».

1893. Il s’installe à Huelgoat comme évangéliste fin 1893, devient colporteur en 1894, et avec la voiture biblique dont il a la responsabilité, il prend part à la diffusion de l’Evangile en Centre-Bretagne, visitant bourgs et marchés de la région. Ainsi le « Trémélois », journal de la Mission Evangélique Bretonne (MEB), évoque la présence, le 1er mars, sur le marché de Huelgoat, des évangélistes Jean-Louis David et Guillaume Omnes fils. Ils épaulent ainsi le travail de l’évangéliste Le Touche qui avait quitté Carhaix pour Huelgoat en 1892. En 1894 est prise la décision d’ouvrir une salle de culte à Huelgoat. Dans le même temps, les réunions chez le meunier Ropars de Conval commencent à être suivies par un nombre croissant d’auditeurs. Guillaume Le Coat le charge également d’assurer des réunions à Carhaix, où un forgeron David avait dès 1877 accueilli le message de l’Evangile annoncé par les colporteurs de Trémel.

Des sujets de joie viennent bientôt saluer son apostolat, ainsi écrit-il, toujours en 1894 : « Dernièrement un vieux sabotier me dit qu’il allait se priver de tabac durant la semaine afin de pouvoir se payer une Bible bretonne. Le dimanche suivant je ne pus retenir mes larmes en lui remettant le livre tant désiré, de le voir l’embrasser avec transport, et de l’entendre s’écrier à travers ses larmes de joie : « Voici tout mon trésor et l’unique héritage que je laisserai à ma famille, mais cet héritage si elle veut l’accepter, lui procurera la vie éternelle, après avoir fait tout mon bonheur ici-bas. Et dire, ajouta-il, que l’on recommande de brûler ce livre ! Plutôt mourir que de laisser pareille chose s’accomplir sous mes yeux ». Le recensement de 1896 à Huelgoat nous apprend qu’il habite en tant qu’évangéliste (il a 24 ans) avec sa sœur (Jeanne Marie, 19 ans) rue des Cieux.

En mars 1896, une conférence religieuse à Poullaouën est évoquée dans le « Trémélois », et l’édition de septembre de cette année-là nous apprend le passage à Huelgoat de Guillaume Le Coat et de visiteurs d’Outre-Manche, soutiens de la MEB. La salle louée est comble. Les réunions à Huelgoat ont lieu tous les samedis, et l’évangéliste David semble très apprécié. Un harmonium soutient les chants de l’assemblée. Pour l’ouverture d’une salle de réunion à Plouyé en décembre 1896, par G. Somerville et J.L. David, on apporte l’instrument. On note dans le journal de la mission un auditoire nombreux.

En octobre 1897 Jean-Louis David se marie avec la sœur de son collègue Omnes, Elisa Omnes (1876-1942), fille, petite-fille, sœur de colporteurs ou d’évangélistes ! Sa mère, Mme Guillaume Omnes née Marie Jeanne Grall était à sa mort en 1937 concierge du temple de La Feuillée.



Ce milieu des Omnes, comme celui des Ropars de Poullaouën est très bretonnant, et va amener Jean-Louis David à être du nombre des défenseurs de la cause bretonne (Abel Omnes est un neveu de son épouse).

Jean-Louis David accentue le colportage à Huelgoat, Poullaouën (des chrétiens protestants s’y trouvent comme M. Bozec) et Conval (où le meunier Ropars témoigne beaucoup), ce qui fait réagir le curé de Huelgoat. Excommunie-t-il ses fidèles qui assistent aux réunions, comme cela se fera plus tard à Poullaouën ?

Début 1896, J.L. David écrivait de Huelgoat : « L’Evangile est généralement bien accueilli… A Plouyé, nous venons d’inaugurer une nouvelle salle, les ennemis de l’Evangile ont fait tout leur possible pour empêcher la lumière de sortir de dessous le boisseau… On est allé jusqu’à dire que quiconque lirait la Bible serait damné…. Aurais-je 5 ou 6 corps à l’heure actuelle, je n’aurais pas pu me rendre au désir de tous ceux qui me demandent d’aller leur prêcher l’Evangile… ».

Parmi les successeurs de Le Touche au Huelgoat, on note les évangélistes Guillaume Le Buanec (dès 1900, il s’est converti à Paris ), Le Bothorel (dans le recensement de 1906 il habite avec son épouse, et ses deux enfants 29 rue des Cieux ; cette même année il est muté à Paimpol), F. M. Le Quéré (en provenance du Havre), Gourvil, colporteur (qui apparaît sur le recensement de 1911 au 27 rue des Cieux, habitant avec sa femme, ses 3 enfants et sa mère, décédée l’année suivante à Huelgoat). J. L. David reviendra ensuite œuvrer dans cette ville. La salle de réunion dont nous possédons la photo semble correspondre à l’actuel 32 rue des Cieux.



En octobre 1898 Jean-Louis David, évangéliste à Huelgoat, comme il s’intitule dans un courrier au préfet du Finistère (3 septembre 1898), est appelé à prendre la responsabilité de l’école protestante de Pont-Menou (qui compte une quarantaine d’élèves) succédant ainsi à Médard Harrioo-Chou que le pasteur Le Coat a rappelé à ses côtés à Trémel.

Dans ce courrier, il indique ses derniers lieux de résidence : de 1888 à 1892 à Carhaix, de 1892 à 1893 « à l’école évangélique de Trémel comme étudiant », et « de 1893 à 1898 à Huelgoat comme évangéliste ».

J.L. David appuie aussi l’évangéliste Messervy de la Baptist Missionnary Society (BMS) dans le témoignage auprès des marins à Roscoff.

En octobre 1899, il quitte la Mission de Trémel et est évangéliste de la BMS. Il travaille dès lors avec le pasteur Alfred Jenkins de Morlaix.

Il est en poste à Carhaix, puis à La Feuillée dès 1902, où un petit temple est construit en 1907 avec des tôles du Pays de Galles au hameau de Kerelcun. Alfred Jenkins le présente comme « une chapelle démontable, en bois, recouverte de tôles galvanisées, avec campanile et cloche pour appeler les fidèles ».

Un auditoire nombreux va le remplir, mais qui restera catholique dans son ensemble. Le recensement de 1910 de La Feuillée nous apprend que J.L. David habite le bourg de La Feuillée et non le hameau de Kerelcun, où pourtant les habitants sont nombreux (cultivateurs et fermiers, mais aussi des maçons, tailleurs de pierre, cabaretiers, chiffonniers, terrassiers, charrons, on y trouve aussi un forgeron, un meunier…)

La naissance de Julien David a lieu à La Feuillée le 23 juin 1910, et sa présentation est faite à la chapelle de Kerelcun le 18 septembre suivant. Trois des quatre postes d’évangélisation de la mission baptiste de Morlaix se trouvent en Centre-Bretagne : Lannéanou, La Feuillée et Le Guilly (le 4e étant Primel près du Diben sur la côte).
La proximité de Lannéanou permet à J.L. David de collaborer avec l’évangéliste Jules Collobert qui est aussi considéré comme doué en médecine. J.L. David va comme son collègue avoir la réputation d’être de bon conseil en cette matière, qui n’est pas la seule où il s’exerce. Féru d’horlogerie, il répare et aide ses voisins qui ont des problèmes en ce domaine, ce qui est pour lui un moyen comme un autre de rendre service, et d’approcher la population comme il l’explique lui-même en 1915 : «Je crois que les nombreuses relations que je suis appelé à avoir avec les gens pour leurs réparations d’horlogerie ou pour les visites aux malades me permettent non seulement de toucher la question religieuse, mais de faire œuvre utile de prédication sous forme de simples conversations ». 

L’évangéliste J.L. David n’a pas coupé avec la MEB de Trémel, et va également épauler l’action du Gallois Charles Hamer Jenkins arrivé à Huelgoat en 1913. La salle de réunion de la rue des Cieux est connue (n°32 ?), c’est la rue où habitent les évangélistes. Une photo existe et semble correspondre à la maison actuellement située au 32 rue des Cieux.

Mais les registres indiquent une autre salle rue des Cendres. Or il se trouve que c’est rue des Cendres qu’est situé le nouveau lieu d’habitation des David à leur retour à Huelgoat (comme cela est indiqué sur l’acte de décès de Mme Hervet, voir plus loin). Voici ce que l’on peut lire sur le registre des présentations d’enfants qui ont lieu lors des cultes : la présentation de Owen Hammer Jenkins a lieu à la salle de conférence rue des Cendres le 21 mai 1916 (il est né le 8 avril de cette année). Est-ce ce « temple » que certains évoquent en faisant remonter sa construction à 1902 ? (sa dernière « concierge », Mme Madec y meurt en 1950, et est enterrée catholiquement, juste avant l’arrivée du pasteur de Morlaix qui ne peut que constater le fait, et s’en plaindre au premier magistrat de la commune). Pour la présentation d’un autre enfant Jenkins (Philippe Henri) le 8 septembre 1920, il est indiqué « Une salle louée à Huelgoat ». La salle de la rue des Cendres a-t-elle été abandonnée, ou était-elle trop petite pour la réunion de l’assemblée qui ce jour-là devait être exceptionnellement nombreuse, car il y avait la visite de toute une délégation de Trémel, comportant des amis parisiens et d’Outre-Manche, comme le célèbre évangéliste et poète Ruben Saillens, ou le secrétaire de la BMS, le pasteur G.E. Wilson (43 signatures apparaissent sur l’acte de présentation de l’enfant, contre 9 pour celle de 1916 rue des Cendres !).

Le 25 janvier 1921, la présentation de Germaine Ropars (fille de Joseph et d’Isabelle Arzic, de Conval) a lieu « à la salle au Huelgoat » (ce n’est plus « une salle », c’est le lieu de culte habituel, semble-t-il) par le pasteur Charles Jenkins qui est depuis l’année précédente pasteur de Morlaix. Le dernier enterrement présidé par Alfred Jenkins avait eu lieu en 1919. Etait-il trop affaibli pour poursuivre son ministère ? Il meurt en novembre 1924, et c’est son successeur et homonyme Charles Jenkins qui va présider son service d’inhumation. Alfred Somerville (fils de Georges le neveu et continuateur de Guillaume Le Coat à Trémel) qui termine ses études de théologie à Paris sera ensuite pasteur de Morlaix.

Jean-Louis David s’installera peut-être à Huelgoat lors de la Première guerre mondiale. Car on note que le colporteur François Hervet habitait chez les David à Huelgoat où son épouse décède en décembre 1918. Elle y sera enterrée par le pasteur Alfred Jenkins de Morlaix. Toujours est-il que Jean-Louis David redevient « Evangéliste à Huelgoat », pour encore une décennie, c’est ainsi qu’il est présenté dans ses dernières années. Il semble que de Huelgoat il ait continué à s’occuper de la chapelle de Kerelcun où habite sa belle-mère Mme Omnes (elle y décède le 13 mars 1937). Cinq enfants ont enrichi le couple David : Jean, Elise, Henri, Evelyne et Lucien.


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